La Nancéienne Laura Cahen, étoile montante de la chanson française

À 30 ans, Laura Cahen vient de sortir son deuxième album.. « Une fille » revendique fièrement sa féminité. L’artiste y raconte son amour pour les femmes tout en délicatesse. L’air de rien, la Nancéienne trace sa route et impose son univers. 

C’est un hasard ou un pied de nez du destin mais le jour de l’interview tombe à pic. On se parle un 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Le lendemain, Laura Cahen présentera officiellement le titre et la pochette de son deuxième album : Une fille. La et les femmes y sont omniprésentes. Celles qui la guident, l’entourent, l’aiment. Une source d’inspiration qui ne prend pas mille détours. « Déjà je suis une femme, ensuite j’en aime une autre. J’ai une estime incroyable pour ma mère, pour ma grand-mère. Dans mon précédent album « Nord », je parlais de migrations, du voyage de mes ancêtres de l’Algérie à ici. Pour celui-ci, je me suis reconnectée à moi. Je suis davantage dans le présent », explique Laura Cahen. Une femme artiste, de 30 ans, très inspirée par des destins de femmes : c’est ça le résumé de l’histoire.

« Timide et réservée »

« Une fille », donc. Elle ou une autre. Elle et toutes les autres. « C’est ça qui m’intéresse justement, cet aspect universel, générique. Cette fille, c’est moi, c’est ma mère, c’est la sœur que je n’ai jamais eue. » L’idée d’ambiguïté voyage aussi sur la pochette de l’album où Laura est nichée dans les bras d’une femme dont on ne devine que la silhouette. Ceux qui savent la reconnaîtront. Pour les autres, le mystère reste entier. Mystérieuse, justement. C’est l’adjectif qui s’impose quand on pousse la porte de l’univers de Laura Cahen. Jeune femme brune au regard sombre dont la douceur émeut. « La première fois que je l’ai rencontrée, c’est ça qui m’a attirée, son côté mystérieux. Encore aujourd’hui, alors que je vis avec elle, je sens qu’elle retient des choses dans certains contextes, lors de certaines rencontres », livre sa compagne. « Timide et réservée », préfère Laura. Elle n’est pas la seule artiste à utiliser ces termes pour se définir et expliquer sa vocation. « Si j’écris des chansons, c’est parce que je ne sais pas m’exprimer autrement. C’est une façon de faire sortir des choses de moi », confie la jeune femme.

Les notes ont toujours fait partie de sa vie. Elle a grandi en musique. Celle de ses parents pour commencer : « Souchon, Boby Lapointe, les Beatles. Beaucoup de jazz ». Son grand frère avait 18 ans quand elle est née. Il allait devenir ingénieur du son. Son deuxième frère, dix ans de plus qu’elle, suivra la même voie. « J’ai fait comme eux », résume-t-elle. À 4 ans, elle commence le piano. Mais là, il s’agit du choix de ses parents qu’elle remerciera quelques années plus tard, quand elle voudra mettre des notes sur ses mots. Elle fixe l’âge de la révélation à 10 ans. « Je tannais mes parents pour prendre des cours de chant. Je voulais chanter de manière sérieuse, apprendre la technique. » L’envie de faire de la musique ne l’a plus quittée. Dans sa tête, on ne peut pas être qu’interprète, il faut forcément composer. « Je me disais : “Faut que j’arrive à écrire des chansons” mais je ne savais pas comment m’y prendre. » À 15 ans, au lycée, elle se lance en s’inspirant des poètes surréalistes. « Écrire des chansons, c’est facile, écrire de bonnes chansons, c’est autre chose. »

Aujourd’hui, le processus est « très laborieux. Terrorisée, je peux rester longtemps sans rien écrire. Et puis, parfois ça vient en un quart d’heure sans que je comprenne ce qu’il s’est passé. Quelquefois, il n’y a pas de matière à l’intérieur, je me sens vide ». Comme en ce moment par exemple. La période actuelle n’est pas propice aux mots. « Je n’ai pas du tout envie de parler de ça, je n’y vois rien de poétique. Pourtant, dans tout ce que j’ai écrit, on retrouve les notions d’enfermement, d’émancipation, de partir ailleurs. Mais là, ça ne vient pas. Je suis dans la sidération. » Elle aurait pu repousser la sortie de cet album à l’automne mais a choisi de se lancer quand même et de croiser les doigts pour que la scène s’offre à nouveau à elle « parce que l’on n’existe qu’à travers le public. Le sourire, le regard des gens c’est incomparable. Les concerts filmés sur Facebook live, ça va bien cinq minutes ».

« On ne change pas »

Durant le premier confinement, Laura offrait une reprise par jour sur sa page Facebook. Des petites pépites allant d’Angèle à Bertrand Belin en passant par Serge Gainsbourg. Elle tapait dans ses mains, comme on le fait dans une prise de cinéma, et entamait un morceau, petite parenthèse consolante. Il y a notamment eu cette chanson de Céline Dion écrite par Jean-Jacques Goldman : On ne change pas. De sa voix claire, Laura la dissèque. Elle dans sa cuisine, sa guitare et ce texte qu’on redécouvre. Elle laisse les mots prendre leur temps et reprendre leur sens. « On ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi. » La Québécoise y raconte son enfance. La Nancéienne s’y retrouve un peu. Pour elle, ce temps de l’insouciance et des premières fois aura été « heureux », sans nul doute. « Je partais beaucoup avec mes parents, je faisais plein de trucs. »

Laura naît et grandit à Nancy, où elle a conservé son appartement et des attaches très fortes. L’Autre canal, notamment, reste un soutien solide à sa carrière. Elle y a vécu une résidence en début d’année pour y préparer une tournée reportée à des jours plus heureux et sûrs. C’est à Nancy aussi, qu’elle est montée en selle pour la première fois. Au sens littéral. « À quatre ans, j’ai commencé l’équitation. Cela m’a beaucoup aidée à plein de niveaux, dans la construction de ma personnalité. Ça oblige à être déterminée aussi quand tu dois faire franchir des obstacles à ta monture. » Laura est une fan de « l’autochallenge ». La compétition, oui, mais seulement avec elle-même.

Depuis 2018, la jeune femme est installée à Paris. Une plongée dans le grand bain, un changement d’adresse bénéfique à sa carrière. « Beaucoup de choses se sont débloquées », décrit-elle. « Depuis le début, j’ai la sensation de construire une maison, pierre après pierre. C’est le chemin qui compte, pas la destination. » On l’entend sur France Inter et ailleurs. Sa voix devient familière. Celle d’une fille, comme ça, un peu mystérieuse et réservée, qui parle d’elle et des autres avec simplicité. Sa compagne salue ce trait de caractère. « Je pensais que son travail allait être mystérieux mais elle n’envisage pas de ne pas le partager avec son entourage. Elle en parle beaucoup, cherche de l’aide, écoute énormément. C’est assez formidable. »

Aurélia Salinas

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