Le ministre luxembourgeois de l’Énergie demande la fermeture de la centrale de Cattenom

Photo Sophie Margue

Le ministre luxembourgeois de l’Énergie (les Verts) a rappelé dans les médias sa ferme intention de parvenir à la fermeture de la centrale de Cattenom. À l’instar de ses prédécesseurs au ministère, l’ancien député européen continue d’explorer les voies juridiques capables de barrer la route du nucléaire en France.

Vous avez réaffirmé récemment dans les médias luxembourgeois votre volonté de parvenir à la fermeture de la centrale nucléaire de Cattenom, avec le soutien des Verts allemands, s’ils parviennent à s’imposer lors des prochaines élections. Quelle serait votre stratégie ?

Claude Turmes : « Il faut porter le débat jusqu’à Berlin. L’Allemagne va sortir du nucléaire en 2022 et ensuite va se poser la question de savoir si elle va rester dans les conventions de Bruxelles et de Paris. Ces conventions limitent le risque financier, pour l’opérateur d’une centrale nucléaire, à 700 millions d’euros par réacteur. Il faut savoir que l’incident de Fukushima va coûter au Japon plus ou moins 100 milliards d’euros. En fait en Europe, ces conventions sont un cadeau pour les opérateurs nucléaires, car le risque financier expose davantage les gouvernements que les opérateurs. Une fois sortie du nucléaire et dans le cas d’un accident grave à Cattenom, l’Allemagne devrait, selon ces conventions, contribuer à payer les dommages causés, y compris sur son propre sol ! C’est tout de même énorme ! Les Verts allemands veulent sortir de ces conventions de Bruxelles et de Paris, ce qui revient à en soustraire la plus grande puissance économique européenne. Ce serait intéressant pour les analystes financiers de savoir si la France peut faire face à un risque d’accident nucléaire, a fortiori près d’une frontière. Qui pourrait assumer un tel risque financier ? Le Luxembourg n’a jamais ratifié ces conventions, qui sont déséquilibrées et favorisent grandement le secteur nucléaire. »

Avez-vous eu l’occasion de vous entretenir au sujet de Cattenom avec la ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili ?

« Nous avons des échanges réguliers avec Madame Pompili et travaillons très bien ensemble au niveau européen dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Mais à chaque fois que j’en ai l’occasion, je lui rappelle que Cattenom représente un risque pour le Luxembourg et que notre position est de faire fermer cette centrale au plus tôt. Je le dis de façon ferme et gentille… non, pas gentille. Polie. »

La centrale de Cattenom. Photo CC BY 2.0
Quelles sont vos craintes vis-à-vis de la centrale nucléaire de Cattenom ? Le plan Grand Carénage, qui s’inspire des problèmes rencontrés dans le drame de Fukushima il y a 10 ans, n’est-il pas suffisant pour envisager une prolongation de la durée de vie de la centrale ?

« Le plan Grand Carénage existe surtout sur le papier. La centrale nucléaire de Fukushima avait un programme de stress test et même dix ans après, tous les tests n’ont pas encore été réalisés sur le terrain. On sait aujourd’hui qu’EDF n’a pas les réserves financières suffisantes pour mettre en œuvre rapidement ce qui est prévu par le plan Grand Carénage. C’est trompeur. Il y a aussi une différence très nette entre la sécurité des réacteurs nucléaires allemands et celle des réacteurs français : en Allemagne, le stockage des matières radioactives se fait dans l’enceinte de béton alors qu’en France, le combustible est stocké dans des hangars en tôle. Enfin, le risque zéro n’existe pas, comme Tchernobyl et Fukushima nous l’ont montré. »

Quelle alternative pour compenser l’énergie produite par quatre réacteurs de 1 300 mégawatts chacun comme à Cattenom ? Existe-t-il selon vous des solutions d’énergie plus propre pour produire autant ? Le nucléaire est défendu par certains écologistes comme étant une énergie décarbonée…

« La sortie du nucléaire peut être compensée par l’éolien en mer, qui a une capacité de puissance supérieure à celle des centrales nucléaires. Cet éolien offshore peut tourner plus ou moins 5 000 heures par an. Je me réjouis que l’Europe ait décidé de passer à 350 gigawatts d’éolien en mer d’ici à 2050. Je me réjouis aussi que la France, avec un retard de dix ou quinze ans par rapport à d’autres pays, se lance aussi dans l’éolien en mer, avec des prix intéressants puisque le dernier appel d’offre français de l’éolien en mer a un prix garanti autour de 45 ou 50 euros par mégawattheure, alors qu’il va coûter, avec les EPR de Flamanville ou Hinkley Point, entre 110 et 130 euros. L’éolien en mer est donc beaucoup moins cher, pour une puissance équivalente. Le Luxembourg et toute la Grande Région se trouvent au cœur de l’Europe avec une sophistication technique telle que la connexion à ce réseau électrique relié à l’éolien en mer ne posera pas de problème. Barbara Pompili a présenté en janvier un rapport commandé par son ministère à RTE (Réseau de Transport d’Electricité, publication conjointe avec l’Agence Internationale de l’Énergie, ndlr) qui établit qu’il est possible d’envisager le 100% renouvelable en France à l’horizon 2050. »

Le Grand-Duché consomme 7 à 8,5 TWh d’électricité par an et ne produit qu’un quart de cette énergie sur son territoire. Comment prévoyez-vous votre approvisionnement futur avec les besoins grandissants liés aux nouvelles technologies : centres de données, 5G, transports électriques, etc. ?

« Le Luxembourg a sur son territoire une production électrique largement décarbonée : solaire, éolien, biomasse et il nous reste un petit peu de gaz, dont des centrales de cogénération, où nous sommes en train de remplacer le gaz par des énergies renouvelables. Pour le reste, le choix du Luxembourg est de se connecter au réseau allemand. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne sort du nucléaire et du charbon et se dirige à vitesse grand V vers les énergies renouvelables. Le Luxembourg participe aussi financièrement aux investissements européens dans les énergies renouvelables dans d’autres pays membres (via un dispositif de la directive européenne sur les énergies renouvelables, qui permet au pays participant de compléter ses objectifs nationaux en matière d’énergies renouvelables par des coopérations transfrontalières, ndlr). »

Propos recueillis par Anne Fourney

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