NANCY | Cinémas : « La réouverture sera violente financièrement »

Photo DR Ville de Nancy

À la tête des deux cinémas d’art et essai Caméo de Nancy, Aline Rolland vit elle aussi une drôle de période. Entre dossiers d’aides, investissements et travaux dans ses salles mais toujours peu d’indices sur le calendrier, difficile de se projeter. Elle l’assure : les Caméo devront s’adapter.

Il y a eu l’écran noir il y a tout juste un an. Puis une fréquentation timorée durant l’été qui a divisé par deux le chiffre d’affaires. Et depuis cinq mois, la tenace obscurité s’est glissée dans les habits de premier rôle. Aline Rolland image la situation. « C’est un no man’s land. On passe aussi vite de l’espoir au désespoir. Rien n’est concret. Et avec ce qui se profile sur Paris, qui reste le poumon des sorties de films, cela s’avère bien compliqué. La régionalisation des sorties de films est impossible. »

Quand on lui demande si la matière sera au rendez-vous le jour où, sa réponse fuse : « A la réouverture, nous allons être submergés d’une vague, cette fois de films ! Il va falloir tenir nerveusement et techniquement. Il y a énormément de films sur les étagères. On sait aussi que de nombreux tournages ont lieu. C’est bon signe. Mais aucun scénario ne rentre actuellement. Le Centre national du cinéma ne s’occupe que des projets en cours. Le manque de films se fera donc ressentir d’ici quelques années, c’est une certitude. »

Avant de se projeter si loin, Aline Rolland doit gérer les affaires courantes de ses deux institutions et ses 18 salariés. Prêts garantis par l’Etat, investissements et travaux pour être opérationnels au moment où tout reprendra, il faut jongler. « Un cinéma, c’est un investissement perpétuel. Les aides sont présentes, elles compensent les salaires et loyers. Mais pas la casse qu’il peut y avoir. Machines de protection à changer, fauteuils, circuits de ventilation, etc. Durant la dernière grosse période de froid par exemple, j’ai remis le chauffage dans les salles pour éviter que nos canalisations n’explosent. Tout cela a un prix. Ajoutez-y des frais incompressibles, ce sont plusieurs dizaines de milliers d’euros à sortir chaque mois. »

Budget du Caméo : 90 % de recettes et 10 % de subventions

Aline Rolland n’est pas pour autant démoralisée. Comme les spectateurs, elle a hâte de rallumer ses projecteurs. « 80 % de nos spectateurs sont des habitués. Il va falloir aussi retrouver les 20 % qui viennent sur des films porteurs. Sur les 400 films que nous diffusons chaque année, certains vont faire 40 entrées et d’autres 10 000. Les variations ont leur importance. Surtout dans une ville très concurrentielle comme Nancy. » Le monde d’après aura une illustration concrète dans ses salles d’art et essai. « Nous n’allons pas reprendre de la même façon. Il n’y aura pas forcément autant de séances qu’avant. Je réfléchirais au moment venu aux modalités. Quand on diffuse un film, nous récupérons 35 % de la recette. Avec les protocoles sanitaires, les robinets de taxes qui eux aussi se rouvrent, c’est compliqué. Le budget d’une salle art et essai comme le Caméo, c’est 90 % de recettes et 10 % de subventions. » Elle conclut par ces mots qui ne laissent pas profiler un mauvais scénario mais une attention particulière malgré tout : « La réouverture sera violente financièrement. »

Baptiste Zamaron

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