Départementales et régionales : ça intéresse qui, ces élections ?

La question relève de la provocation mais le souvenir des élections municipales, boudées en l’an I de la crise sanitaire, refait surface au moment d’évoquer les régionales et départementales.

Comparons ce qui est comparable, d’accord. L’an dernier, les élections municipales avaient fait un bide, en France, dans le Grand Est, en Moselle. Avec un chiffre qui parlait pour tous les autres, celui du taux d’abstention à Metz, calculé à près de 68 % au second tour. Un record triste à pleurer, comme les 58 % à l’échelle du pays, sur lesquels les commentateurs de tout poil s’étaient jetés pour souligner la défiance de la population envers la classe politique. Pour se réinterroger, aussi, sur la pertinence d’organiser un scrutin au cœur d’une crise sanitaire inédite, après un premier round déjà sujet à caution, bouclé le 15 mars à quelques heures d’une expérience traumatisante appelée « confinement ».

D’un mois de juin à l’autre, le contexte aurait suffisamment changé qu’il justifierait de ne pas gripper davantage la machine démocratique, les régionales et départementales ayant souffert d’un premier report entériné le 16 février au Sénat. Pourquoi pas. Les citoyens connaissent les gestes barrières sur le bout de leurs doigts hydroalcoolisés, la campagne de vaccination se déploie à l’énergie sur tous les territoires, la nécessité de soigner la relance économique, de répondre à l’urgence sociale par des collectivités locales inscrites dans une stratégie de long terme fait plutôt consensus. Et puis le président de la République en personne l’a dit : à la sortie du printemps, tout ira mieux. Enfin… c’est ce que nous avons voulu comprendre. Il n’en reste pas moins que le doute, le flou subsistent, à l’heure où le vaccin AstraZeneca rend la France marteau, où les hôpitaux d’Île-de-France sont tout près de craquer, où dans le Nord et dans le Sud, les habitants redécouvrent les week-ends confinés avec déplaisir, où les variants de toutes origines rendent le Covid encore moins fréquentable.

Aux urnes citoyens !

Mais bon, l’exécutif tient à ses élections régionales et départementales et refuse de les renvoyer au-delà de la présidentielle, en 2022 donc. Dès lors, aux urnes citoyens ! Du moins ceux qui ont l’intention de se déplacer les 13 et 20 juin prochains pour donner de la voix. Surprise : ils seraient plutôt nombreux à se sentir concernés par cette échéance électorale, à la lecture d’un baromètre Odoxa-Dentsu Consulting datant du mois dernier. Dans cette étude pour France Inter et la presse quotidienne régionale, 60 % des sondés se disaient prêts à faire valoir leur droit démocratique, quand le taux de participation, aux régionales, était de 50 % en 2015. Ils ajoutaient, à 69 %, qu’ils voteraient en fonction des enjeux liés à leur territoire, fermons la parenthèse.

Une évidence ne souffre aucune contestation : « Ces élections seront spéciales », pour emprunter les mots de Denis Jacquat. « Ni assemblée générale ni vin d’honneur », regrette l’ancien député, bientôt en retrait du conseil départemental de la Moselle. Ni meeting politique pour partager ses idées avec le plus grand nombre. « La campagne sera très courte », anticipe Julien Freyburger, candidat à une réélection au Département sur le canton du Sillon mosellan. Elle ne permettra pas de labourer le terrain comme d’ordinaire. Aussi, les prétendants déclarés, potentiels ou encore masqués espèrent-ils que la crise sanitaire aura convaincu les citoyens du bien-fondé des échelons décisionnels locaux. Il en va ainsi d’Aurélie Filippetti, qui rêve d’unir la gauche, les gauches dans sa conquête du Grand Est  « On voit à quel point les États sont affaiblis à force de politiques néolibérales, à quel point ils ont raté plein de choses ces dernières années. Et finalement, ce sont les collectivités qui ont pris le relais. » L’écologiste Éliane Romani, jusqu’ici adversaire de l’ex-ministre de la Culture, d’abonder dans ce sens : « À travers les compétences de la Région, on peut vraiment être dans l’action ». Les électeurs y passeront-ils maintenant, à l’action ?

Thomas Vuagnoux

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