VANDŒUVRE-LÈS-NANCY | Centre culturel André Malraux : « La décentralisation culturelle est menacée »

Après les occupations de théâtres, les lettres ouvertes, les marches fleuries de dimanche dernier et en attendant une nouvelle mobilisation des acteurs culturels ce samedi 20 mars dans tout l’Hexagone dont Nancy, le dialogue entre tout un secteur et le gouvernement semble stoppé. Olivier Perry, directeur du Centre culturel André Malraux – Scène nationale (CCAM) de Vandœuvre-lès-Nancy s’explique.

Difficile pour les institutions culturelles d’entrapercevoir le bout du tunnel et une date de réouverture. Quel est votre message aujourd’hui ?

Olivier Perry : « Depuis le mois de janvier, les négociations intersyndicales du secteur culturel avec notre ministère de tutelle sont interrompues. Trois mois désormais que nous n’avons plus aucune visibilité dans la mise en place d’un protocole de réouverture des salles. Nous sommes tous des gens conscients, responsables et compréhensifs à l’égard des risques sanitaires. Il ne s’agit de rouvrir n’importe quand, n’importe où et dans n’importe quelles conditions. Il s’agissait au contraire d’imaginer un procotocle permettant de suivre les indicateurs. Taux d’incidence trop élevé, les établissements restent fermés. Mais si les indicateurs le permettent, nous souhaiterions ouvrir avec des protocoles plus ou moins renforcés. C’est ce qui s’était esquissé à l’automne dernier dans la Métropole du Grand Nancy. Par exemple, pleine jauge avec port du masque permanent, puis réduction de jauge au regard de l’augmentation du taux d’incidence. C’est assez prosaïque mais il faut aussi revoir le système de billetterie par exemple, la circulation dans les salles. Au CCAM, nous avions même travaillé avec notre fournisseur de chauffage pour mettre en place un nettoyage de la ventilation de nos locaux, et notamment des filtres à air, toutes les 72h. Avec je le répète, une inscription dans le champ des possibles d’une nouvelle fermeture en cas de remontées des taux d’incidence sur un territoire donné.

Aujourd’hui, le dialogue est rompu. Roselyne Bachelot ne souhaite plus aborder ce sujet dans les réunions. Ni pour les théâtres, le cinéma et même les musées qui n’ont plus tellement d’informations depuis plus d’un mois. Que l’on ne soit pas ouvert en ce moment, c’est un problème en soi. Qu’il n’y ait pas de dialogue pour l’imaginer dans quinze jours, un mois, c’est un autre problème en soi. Et c’est surtout méprisant. »

Avec des conséquences directes pour les femmes et les hommes qui font vivre les institutions peut-on imaginer. Dans quel état d’esprit sont-ils aujourd’hui ?

« Derrière nous, il y a les intermittents. Artistes, techniciens du spectacle, etc. Dont les revenus sont sérieusement amputés. Malgré les aides. C’est un problème pour eux en tant qu’individu. Mais aussi pour le secteur. Car pour survivre, certains d’entre eux sont en train de changer de métier. Pour un territoire comme le Grand Nancy où nous avons la chance d’avoir des compétences très fortes, des personnalités, de la créativité foisonnante, ce savoir-faire s’amenuise. Quand toute cette période sera terminée, nous nous rendrons compte que nous avons perdu des éléments précieux. Mais ce sera trop tard. Et c’est pareil pour de nombreux territoires, le Grand Nancy ne fait pas figure d’exception. Je crois tout simplement que c’est une machine qui revient en arrière sur la décentralisation culturelle. Cette dernière a pu se faire parce qu’il y avait dans les territoires, des professionnels avec des compétences. Demain, qu’en sera-t-il ? La décentralisation culturelle est menacée. »

La même situation pourrait se produire avec le public ?

« Oui. Parce que pour certaines personnes, une partie de leur vie, de leur équilibre, outre leurs activités, est consacrée à la culture. Spectacle vivant, expositions, etc. Une rencontre avec les œuvres mais aussi la sociabilité qui va avec. On a retiré depuis un an tout ce pan sans le moindre débat démocratique. Je rappelle qu’en 1945, le Conseil national de la résistance avait amplifié la découverte des arts, souhaitant une massification de l’éducation artistique, développée aussi par la création du ministère de la Culture et la nomination ensuite d’André Malraux. Ces volontés se sont développées au fil des années jusqu’à aujourd’hui. A Vandœuvre-lès-Nancy par exemple, tous les ans, ce sont près de 4 000 enfants qui viennent dans nos locaux pour découvrir au moins un spectacle. Pour certains de ces enfants, l’occasion de se frotter à la culture n’arrive pas si souvent. Eux aussi par exemple, on leur a retiré cela. Alors bien évidemment, nous nous adaptons en apportant la culture dans les écoles. Mais chacun imagine bien que ce n’est pas la même chose et que l’on touche bien moins d’enfants. Il ne faut pas avoir peur des mots : nous sommes en train de voler à ces enfants une ouverture sur le monde.

Cependant, certaines villes françaises, comme dans l’Hérault par exemple, à certaines périodes de l’année, ont rendu encore possible la présence des publics scolaires dans les institutions culturelles. Parce que des préfets l’autorisaient. Je ne veux jeter la pierre à personne, et encore moins à celui de Meurthe-et-Moselle qui respecte la ligne de l’Etat j’imagine. Mais j’observe. Cela montre que sur un territoire c’est possible, sur un autre non, et donc qu’il y aurait une politique à deux vitesses. Et donc un manque d’égalité sur les territoires. Nous ne voulons pas apparaître uniquement comme des gens qui se plaignent et qui n’ont pas conscience de la souffrance des autres. Mais il faut poser ces questions. »

Quelles formes vont prendre les prochaines actions ? Une mobilisation est attendue samedi.

« Sur le territoire régional, il y a peu d’occupations de lieux culturels. Nous avons montré notre mobilisation dans la bonne humeur lors des marches fleuries. Nous allons de nouveau nous mobiliser ce samedi après-midi avec du tapage diurne devant chaque institution culturelle pendant quelques minutes. Faire du bruit dans l’espace public suivi d’un rassemblement dans la cour de La Manufacture pour que chacun puisse exprimer son espoir pour le printemps. »

Propos recueillis par Baptiste Zamaron

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