Metz déjà plus verte ? François Grosdidier, des paroles aux actes

Dès le coup d’envoi de sa campagne, il y a un an, le futur maire de Metz s’est évertué à donner des gages en matière d’environnement. Se positionnant « dans le concret plus que dans les concepts », observe sa deuxième adjointe, Béatrice Agamennone.

C’était au début. Aux tout débuts. Et c’était un symbole, déjà. Un symbole fort. Qui racontait deux vies. Celle que le candidat François Grosdidier s’apprêtait à mener durant plusieurs mois, dans l’espoir de mettre la main – verte, forcément – sur le fauteuil de maire. Comme celle qui l’avait conduit jusqu’ici, des couloirs de l’Assemblée nationale au Sénat, des travées du conseil régional à la mairie de Woippy, ses pas guidés par une poignée de figures tutélaires, dont celle de Jean-Marie Pelt, le botaniste passé en politique aux côtés de Jean-Marie Rausch au début des années 1970. C’est donc ici, au début, aux tout débuts de sa conquête, qu’il avait lancé sa campagne électorale et donné rendez-vous aux journalistes. Ici, c’est-à-dire là-haut, sur les hauteurs de la colline Sainte-Croix, à l’ombre du cloître des Récollets, haut lieu de l’écologie s’il en est, puisqu’en plus d’offrir un point de vue unique sur la ville qu’il est possible d’embrasser d’un seul regard comme lui- même s’imaginait alors embrasser un destin dans les urnes, l’endroit abrite l’Institut européen du même nom, conçu il y a de cela un demi-siècle par Jean- Marie Pelt précisément, et devenu depuis sa disparition, à l’avant-veille de Noël en 2015, un temple de son grand œuvre et de sa mémoire, couvée, choyée.

Pelt, « notre inspirateur »

De l’inventeur de l’écologie urbaine, François Grosdidier n’a rien oublié. Chaque année, le 23 décembre, jour de sa disparition, il s’en va fleurir sa tombe, à Rodemack. « Il reste notre inspirateur », disait-il, en fin d’année dernière, quand pour la première fois il avait effectué le pèlerinage, aux côtés de son adjoint Julien Vick, vêtu de ses nouveaux habits de maire. Un « inspirateur » dont il entretint la flamme à partir de 2017, en prenant la présidence – ensuite contestée – du centre Jean-Marie Pelt, contribuant au rapatriement de Rodemack vers la capitale mosellane d’une partie de ses archives, pour les y conserver. « Les reliques d’un saint », compare-t-il. Un « inspirateur » dont il convoqua le souvenir dès le commencement de sa campagne, donc, porté par l’ambition de créer « une nouvelle écologie urbaine », refusant l’urbanisme à tout crin, quelques décennies après que l’ancien adjoint de Jean-Marie Rausch, à travers ses réalisations, le coup de frein donné aux constructions et son prosélytisme effréné à grand renfort de conférences et de publications, eut inventé un concept ensuite repris de par le monde. Lui serait cet héritier, un légataire testamentaire.

Jean-Marie Pelt. Photo Creative Commons

Il chercha à en apporter la preuve, ensuite, lors de sa première rencontre thématique avec la presse durant la campagne. Celle-ci fut consacrée à l’environnement. Rendez-vous avait été donné au plan d’eau, où le peloton des observateurs fut embarqué sur l’eau, manière de matérialiser l’un de ses projets, à savoir la mise en place de navettes fluviales pour de courts déplacements du quotidien. Sa colistière Nathalie Colin-Oesterlé, devenue depuis cheffe du groupe de sa majorité au conseil municipal, était de la partie ce jour-là.

Avec elle, François Grosdidier avait effectué des mois plus tôt un déplacement à Bordeaux. Reçus par Alain Juppé, ils avaient testé, in situ, ce mode de déplacement, avant de le valider et de l’inclure dans le programme qui allait les conduire à la victoire, en juin de l’année dernière, construit notamment sur l’engage- ment de faire de Metz une ville «plus verte ».

«À contre-courant»

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Aux côtés du futur maire et de « NCO », on pouvait également croiser Julien Vick. Transfuge d’Europe Écologie-Les Verts, celui qui depuis l’élection de juin 2020 s’est vu confier le portefeuille de cinquième adjoint en charge notamment des transitions écologique et énergétique et de la lutte contre le dérèglement climatique n’est pas à proprement parler un « Grosdidier boy » de la première heure. Pourtant entre eux, le charme opère : « Il a une vraie conscience écologique, constate aujourd’hui Julien Vick. Quand il était parlementaire, il a d’ailleurs voté des lois à contre-courant de sa famille politique. » Comme il l’avait fait sur la question du mariage pour tous, une liberté de mouvement ajoutant à sa réputation de franc-tireur. « Mais il n’est pas Vert », ajoute son adjoint, manière de suggérer que son « patron » ne se laisse guère enfermer dans des dogmes qui ne trouvent plus grâce, justement, aux yeux de l’ancien Vert qu’il est. Au fond, ces deux-là se sont bien trouvés. Adoubé avant la campagne par le Mouvement écologiste indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, Julien Vick n’a de cesse d’arguer que celui-ci n’est ni de droite ni de gauche, mais qu’il peut se rapprocher de l’une ou de l’autre au gré des projets, des aspirations, des combats à mener. François Grosdidier ne dit pas autre chose : « L’écologie n’est ni de droite ni de gauche. Les deux plus graves catastrophes écologiques, Tchernobyl et la mer d’Aral, sont le résultat du collectivisme, pas du capitalisme (…). Si l’écologie n’appartient pas à la droite, elle répond cependant à des principes de la droite dont je me revendique : la notion de responsabilité, individuelle comme collective, identifiée et assumée, et, le cas échéant, récompensée ou sanctionnée ; l’idée conservatrice, au sens noble, c’est-à-dire la conscience du de- voir de léguer à nos descendants le patrimoine que nous ont légué nos ascendants », écrivait-il, en guise de profession de foi, dans son édito présidentiel sur la page d’accueil du think tank Valeur écologie – à l’origine de démêlés judiciaires quant à son financement.

Dauphins, corrida, et anti-loups

Si ce groupe de réflexion semble en sommeil, c’est tout de même dans sa direction que renvoie L’Écologie vert et bleu, la page Facebook toujours active sur la- quelle François Grosdidier relaie les premières actions spécifiques de son équipe municipale aussi bien que des articles de presse donnant un aperçu de ses convic- tions en matière d’environnement comme de ses sensibilités sur le massacre des dauphins au Japon, le militantisme des anti-loups ou l’interdiction de la corrida. « On peut croire que c’est juste une étiquette qu’il affiche, c’est d’ailleurs l’image que j’avais de lui, même si je n’ai jamais douté de sa fibre écologique, admet Béatrice Agamennone, ex-rivale au premier tour des municipales, devenue sa deuxième adjointe. Mais il est bien plus impliqué que cela. » « Il m’a toujours donné les moyens de faire ce que j’avais envie de faire, observe-t-elle après neuf mois de mandat. Il est dans le concret plus que dans les concepts. »

Ce concret, en l’espèce, c’est s’appuyer sur l’environnement, au même titre que l’offre commerciale ou culturelle, du moins dès que celle-ci sera passée entre les gouttes de la crise sanitaire, pour « réenchanter le centre-ville » de Metz, l’un de ses mantras. Les Récollets sont partie intégrante du projet, au même titre que le musée de la Cour d’Or à travers la conception d’un pavillon de la biodiversité ou la plantation chaque année de 3 000 arbres dans la ville. Sur ce point, on se souvient que la couleur – verte –, là aussi, avait été affichée dès les prémices de la campagne. Le quartier général qu’avait investi son équipe, rue du Palais, au cœur du plateau piétonnier, avait été baptisé La Canopée. Nom féminin, désignant l’« étage sommital de la forêt tropicale humide, qui abrite la majorité des espèces y vivant », éclaire le Larousse. En plus de s’y renseigner sur le programme du candidat-favori des sondages, les habitants étaient invités à y déposer bouchons de bouteilles, ampoules et piles usagées, en vue d’être recyclées. Comme un symbole, déjà. Et sa toute première incursion messine dans le « concret ».

PTh

3 commentaires sur “Metz déjà plus verte ? François Grosdidier, des paroles aux actes

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  1. Euh… oui ben…

    Et si l’écologie selon JM Pelt était dépassée ? La question peut être posée. 🙂 Un « saint » JM Pelt ? Gloups ! Quel propos de la part d’un républicain… même en « zone concordataire » 🙂

    J. Vick ??!! Mes amis écolos en rient encore de sa nouvelle proximité avec F.G. !

    Bien ! J’arrête de jeter mon fiel 🙂 Et j’attends avec impatience le creusement des rue Serpenoise, des Clercs… pour en faire des canaux… « Metz la Venise mosellane » ! Cela en jette ! Humm tous ces amoureux du shopping en gondole… les échoppes autour du plan d’eau etc… Quelle ville rêvée… « un réenchantement… » et surtout sans voiture !

    Allez j’y vais, mon vélo m’attend…

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