Metz : le long voyage de Benoît Bradel, directeur du festival Passages

Photo Jean-Louis Fernandez

Comme ses prédécesseurs, le nouveau directeur du festival Passages est un voyageur. Nouveau ? Pas vraiment, en réalité. Benoît Bradel est arrivé à Metz il y a plus d’un an mais le Covid met sous cloche la culture et ses acteurs. Pour l’instant, l’édition 2021 est fixée au mois de septembre. Le metteur en scène, acteur, fait tout pour, lui qui a trouvé ici un nouveau port d’attache.

Le café, c’est pour lui. Dans les locaux de l’association Passages, en haut de la colline Sainte-Croix, Benoît Bradel le prépare à l’italienne dans une cafetière un peu particulière puisqu’elle a été un élément de décor de l’une de ses pièces. Cette cafetière, elle vient de Naples et a vécu quelques aventures. Ça se voit. Benoît Bradel aime le café, le préparer et Naples où il se rend en moyenne une fois par an. C’est un voyageur qui n’aime les frontières que pour les traverser, qui déteste ceux qui en font des murs. Forcément, le nouveau directeur de Passages ne peut être que de ce bois-là. Pour animer ce festival qui, selon son slogan, « relie les mondes », il faut être un aventurier, un nomade qui a vu plein de choses et rêve d’en découvrir un tas d’autres.

Benoît Bradel est en poste depuis plus d’un an mais le Covid a confiné ses premiers pas. En janvier 2020, il succède officiellement à Hocine Chabira. Fin février, il part au Brésil puisque c’est là-bas qu’il veut emmener la prochaine édition prévue en mai 2021, dans un pays où il pense retrouver les origines de Passages, quand l’art interpelle le politique, bouscule les interdits. Il rentre du Brésil et se retrouve confiné. Tant pis, ces mois coupés de tout offrent un large temps de réflexion pour un festival qui en a bien besoin et ne s’est finalement jamais remis du départ de son créateur Charles Tordjman.

Pas comme papa

De Passages, Benoît Bradel ne connaissait que la réputation. Il en aimait l’audace, le courage même de mener un festival qui ne soit adossé à aucune structure. Mais les coulisses, l’organisation, la genèse étaient des inconnus jusqu’à ce qu’il demande à Charles Tordjman de tout lui raconter. Des histoires qui parlent de Mongolie, de Lituanie, de Yakoutie, des histoires qui donnent envie d’en écrire d’autres. À l’écouter, c’est comme si Benoît Bradel attendait Passages ou le contraire, comme si pour arriver à cette rencontre, toutes les autres avaient été nécessaires.

Les premières ont eu lieu quand il était adolescent. Un professeur d’expression corporelle qui lui « ouvre pas mal de portes », un oncle qui l’amène voir Le Bal du Théâtre Campagnol. La révélation. C’est ça qu’il veut faire. Surtout pas ingénieur EDF comme son père et son grand-père. « J’ai coupé le courant », dit-il pour souligner la rupture familiale qui a depuis trouvé d’autres terrains de réconciliation. Toujours est-il qu’à 15 ans, il se lance à fond là- dedans et a la chance d’être embauché par le Théâtre Campagnol pour participer à son nouveau projet. Il arrête le lycée en première n’arrivant plus à mener cette double vie. « J’étais embarqué dans autre chose. » C’est le début d’un voyage qui ne prendra jamais qu’une seule direction.

Benoît Bradel tente des écoles mais les rate toutes. Il se tanne le cuir et le coffre sur le tas, aux côtés des metteurs en scène. Pour apprendre, il a besoin de voir, de comprendre, de brasser large. Il peut rester au cinéma durant trois séances de suite, réalise lui-même des films en super 8. Assistant, régisseur, acteur : il passe par tous les métiers. Pendant deux ans, il est ouvreur au théâtre des Bouffes du Nord. Les périodes de joie et de disette se succèdent. « J’ai tapé à 100 portes et seulement trois se sont ouvertes. » Il hésite longtemps entre le théâtre et le cinéma jusqu’à ce que le temps court du premier l’emporte. Benoît Bradel n’a pas la patience du grand écran. Jean-François Peyret, metteur en scène, « son deuxième père », lui offre la possibilité de jouer son spectacle dans le foyer de l’Odéon. Séduit à son tour par la proposition artistique de Benoît Bradel, le théâtre du Rondeau l’invite à développer ce projet.

« C’était parti », se souvient-il. Durant ces années, il voyage, se perd dans les univers d’autres metteurs en scène avant de fonder sa compagnie Zabraka. Elle se veut multiple et ouverte, mêlant théâtre, musique et danse servis par des artistes nigérians, catalans ou français. L’équipe s’installe en Bretagne et le sens de l’ouverture de Benoît Bradel fait à nouveau parler de lui. L’envie d’inviter d’autres artistes, de voir d’autres spectacles donne naissance à un festival. Là aussi, les frontières entre les disciplines sont invisibles. « Les spectateurs s’inscrivaient à des parcours sans savoir ce qu’ils allaient voir. »

Toujours la bougeotte

Cinq éditions plus tard, Benoît Bradel a encore la bougeotte. Il est pressenti plusieurs fois pour diriger des centres dramatiques nationaux ou des théâtres de ville mais il ne veut pas s’enfermer dans des lieux, se voit plutôt créer à ciel ouvert. Il continue d’inventer des histoires et de les mettre en scène. L’offre de Passages arrive à ce moment-là comme une bonne nouvelle tombée du ciel. Il connaît l’est de la France, car une partie de sa famille est installée à Nancy. Mais de Metz, il n’a vu jusque-là que la gare et le centre Pompidou. Avant de candidater vraiment pour Passages, il veut sentir la ville. À vélo, sous la pluie, il s’offre 24 heures de découverte. Conquis. Même coup de cœur pour les gens qu’il croise, chez qui il sent « une véritable envie de travailler ensemble, sans snobisme ».

Il a envie de Passages. Passages le choisit. Il pose ses valises à côté du jardin botanique, fait ses allers-retours quotidiens à vélo. A trouvé, ici, un sens à son histoire professionnelle. Bon, Metz n’est pas Naples mais on s’y sent un peu en Italie, surtout du côté de la place Saint-Louis. Et la cafetière se marie plutôt bien aux décors colorés et surannés des locaux du festival. L’aventure est « passionnante et épuisante », livre Benoît Bradel. Il doit sans cesse inventer, puis ré- inventer, obligé de s’adapter à un calendrier mouvant du fait du Covid. Repoussée à septembre, la prochaine édition de Pas- sages est pour l’instant maintenue. Benoît Bradel sait qu’elle ferait énormément de bien à nos existences condamnées, depuis quelques semaines, à l’immobilité.

Aurélia Salinas

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