METZ | Les Récollets dans les couloirs du temps

C’est un des joyaux de Metz, pourtant méconnu par ses habitants. Sur la colline Sainte-Croix, le cloître
des Récollets a traversé les âges, vécu plusieurs vies. Cette année, l’un de ses acteurs principaux fête ses 50 ans. Voulu et imaginé par Jean-Marie Pelt, l’Institut européen d’écologie reste un repère. Sa présidente, Marie-Anne Isler-Béguin, nous sert de guide dans cet espace immense où les fantômes sont encore bien présents et où la municipalité de François Grosdidier tient à imprimer sa marque.

Hier

« Une ruche. » C’est cette image que choisit Marie-Anne Isler-Béguin pour décrire ce qu’étaient les Récollets il y a presque 50 ans. En 1976, elle est étudiante au sein de l’Institut européen d’écologie. Jeune et militante. Elle trouve ici « les lumières » qui lui permettent de mettre des mots sur ses luttes. «Nous avions 20 ans et envie de changer le monde. Roger Klaine nous a éclairés. L’inventeur de l’écologie urbaine m’a ouvert les yeux sur l’analyse de la société. Ce qu’il disait de l’écologie a validé mes interrogations. »

Marie-Anne Isler-Béguin est pionne au lycée Georges de la Tour, boit des verres à la Cigale ou au café du Luxembourg, retrouve ses collègues à la bibliothèque où ils réécoutent les cours de Jean-Marie Pelt et de Roger Klaine. Une vraie vie d’étudiante dont le cœur bat aux Récollets. « Ici, on rencontrait le monde », raconte Marie-Anne Isler-Béguin. « Jean-Marie Pelt était un grand voyageur. L’un des premiers pays où il a posé les pieds a été l’Afghanistan. Des Afghans sont venus ici faire des cours. Des Iraniens venaient également étudier. C’était extraordinaire. Il n’y avait pas que des étudiants présents aux cours mais aussi des gens extérieurs. Par exemple, des dames qui venaient avec des manteaux de fourrure. »

Tout cette vie a donc été rendue possible grâce à Jean-Marie Pelt. En 1971, il partage l’aventure municipale avec Jean-Marie Rausch. « Si on gagne, tu veux quoi ? », lui lance celui qui s’apprête à devenir maire. « Un Institut européen d’écologie », lui répond le jeune biologiste, admiratif de Robert Schuman. Chose promise, chose due. Reste à savoir où sera positionnée cette association à but non lucratif. Ce sera donc en haut de la colline Sainte-Croix dans un cloître fondé au XIIIe siècle qui abrite alors les services sociaux de la ville et un foyer de jeunes filles. Un projet de restauration est lancé, financé par le ministère de la Culture et l’Europe. Un accord est conclu avec l’université de Metz, de manière à ce que les étudiants dis- posent d’un diplôme universitaire. Les laboratoires d’éco-toxicologie sont installés aux Récollets, tout comme une bibliothèque, ainsi que des chambres pour accueillir les professeurs et les élèves. Puis, la collaboration avec l’université a cessé. Elle est partie s’installer à Bridoux et toute la vie étudiante qui résonnait dans les Récollets s’est tue d’un seul coup.

Aujourd’hui

Un vent glacial souffle sur les pavés des Récollets en ce vendredi matin. Il faut un sacré pouvoir d’imagination pour deviner l’activité foisonnante du passé. L’endroit est désert. Aujourd’hui, on ne croise presque que des fantômes. L’espace est immense, réparti dans cinq bâtiments, un labyrinthe où l’on se perd facilement. L’Institut européen d’écologie est au même en- droit qu’à sa naissance. Marie-Anne Isler-Béguin, sa présidente depuis 2015, se fait une joie de servir de guide. Elle débute par l’endroit le plus symbolique : le bureau de Jean-Marie Pelt, celui qu’il occupait quand sa santé le lui permettait. Il est resté tel qu’il était, un peu plus rangé sans doute. Sa mallette, son dictaphone, ses livres : les objets ont été conservés. Ils sont nombreux à y venir en pèlerinage lors des journées du patrimoine, à y chercher cette atmosphère si particulière où ont vécu quotidiennement des grands hommes. Quelques auteurs, triés sur le volet, peuvent désormais y trouver l’inspiration quelques jours en résidence. À côté, la petite bibliothèque a été rangée à la mort de Jean-Marie Pelt. « Nous avons amené 400 cartons aux archives. Rien n’a été jeté, je ne voulais pas prendre la responsabilité de jeter quoi que ce soit », raconte Marie- Anne Isler-Béguin. C’est par cette pièce que rentraient les visiteurs de Jean-Marie Pelt. La porte de son bureau était condamnée. Ici, il pensait, écrivait et ne souhaitait pas être dérangé. Au-dessus, s’est installé le Club Unesco, en face la société française d’ethnopharmacologie, dirigée par Jacques Fleurentin. « Jacky », comme l’appelle Marie-Anne Isler-Béguin, était aussi là à la grande époque comme maître de conférence. Dans les années 90, le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale) s’est installé dans une grande partie des lieux. Au bout de 20 ans, face à la difficulté de rénover des murs protégés par les bâtiments de France, la structure a quitté les Ré- collets pour s’installer face au centre commercial Muse. Les archives municipales, elles, sont toujours là. Tout comme l’Alec, quelques associations qui se consacrent à l’environnement et à la biodiversité et, bien sûr, l’Institut européen d’écologie qui fêtera cette année ses 50 ans.

Demain

Il en avait fait l’un de ses arguments de campagne, un de ses grands projets. « Les Messins ne savent même pas qu’ils y ont un libre accès. Je veux que l’Institut soit un lieu de vie permanent, d’ébullition, qui abrite une pépinière de start-up, dans le domaine de l’environnement, qui soit répertorié sur les guides touristiques », disait François Grosdidier en février 2020, quand il n’était pas encore maire et qu’un exercice journalistique nous conduisait aux Récollets. Depuis, il a été élu et a confié à Julien Vick, en y jetant un œil très attentif, la destinée de ce lieu.

Les Recollets Metz. Photo Michell Dell’Aiera

Ça tombe bien puisque l’élu en charge de la Transition écologique et énergétique y a son bureau (l’un des plus beaux de la ville, à ce que l’on dit). « Le projet a bien avancé », se réjouit-il. Selon lui, la réflexion doit concerner les murs et ce que l’on y met à l’intérieur. « La rénovation intérieure doit être accompagnée d’un vrai projet de site. » Voilà pourquoi un programmiste a été embauché de manière à mener un audit de tous les acteurs présents et futurs qui travaillent aux Récollets. Les services « territoire durable » de la Métropole sont également amenés à y prendre racine, les seuls décentralisés de la collectivité. « L’idée est de créer un écosystème, de créer une marque de territoire. J’y vais étape par étape avec des comités de suivi, qui réinterrogent les fonctionnalités, les entrées du site. » Julien Vick refuse pour l’instant de livrer la part du budget municipal consacrée à ce vaste chantier, comme il refuse aussi de le cantonner à l’histoire et au souvenir de Jean-Marie Pelt. « Il faut capitaliser sur cette histoire et se projeter plus loin, décloîtrer le cloître, si je peux dire, ouvrir les portes et les fenêtres. »

De la sienne, Marie-Anne Isler-Béguin observe cela de près. Dans quelques jours, elle aura rendez-vous avec François Grosdidier, pas franchement du même bord politique qu’elle mais la présidente de l’Institut européen d’écologie a encore des choses à dire et à faire. Elle souhaite notamment créer une formation à l’écologie générale qui sera accessible en ligne. Quinze heures obligatoires pour tous les étudiants de l’Université de Lorraine. « Il n’y a toujours pas de cours sur le changement climatique en France, dans les cursus généraux. C’est quand même fou. Cette formation, c’est l’esprit de l’Institut, des pionniers, un retour aux sources. » Quand elle-même était étudiante et que les idées, le savoir et l’énergie circulaient ici.

Aurélia Salinas

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