METZ | Au-delà de la rue Serpenoise, « une vitalité extraordinaire »


On ne parle que d’elles et pourtant, les fermetures en cascade à déplorer rue Serpenoise travestissent la réalité, à en croire Mathieu Chaudeur, président de la Fédération des commerçants de Metz.

À Metz, rue Serpenoise, ça tombe comme à Gravelotte. Les rideaux des commerces se baissent avec fracas, suscitant indignation et polémiques, sur les réseaux sociaux autant que sur la scène politique. Ils sont nombreux, en effet, à s’émouvoir de cette mort lente d’une artère qui a longtemps contribué au rayonnement de la ville par-delà les frontières du département, de la région. Par-delà les frontières tout court. Ils sont nombreux, aussi, à vouloir désigner un coupable : ici l’ancienne municipalité, là les propriétaires gourmands de cellules commerciales hors de prix. Au fond, à quoi bon ? L’urgence ne commande-t-elle pas de s’affranchir du passé, des querelles partisanes, de personnes et de se consacrer à l’essentiel ? Autrement dit, au sauvetage de cette rue aujourd’hui tailladée à coups de… serpe.

Entre la colonne de Merten et l’entrée du centre Saint-Jacques, pour faire simple, les dégâts sont considérables. Les Messins ont vu disparaître du paysage, ou s’en offusqueront bientôt, les enseignes H&M, C&A, Naf Naf, Eram, New Yorker, André, Cousin, Samy, Celio, Mango, Zara, Monop’… Sans parler du « cataclysme », le mot est de François Grosdidier, vécu au mois de novembre dernier quand le groupe Printemps a annoncé qu’il fermerait l’été prochain son magasin installé rue Serpenoise depuis 1974. La fin d’une époque, ça oui. Le début d’une nouvelle ère, osent penser les plus optimistes, les moins fatalistes.

Qui osera investir les 6 000 mètres carrés du Printemps ?

Parmi eux, le maire de Metz, qui planche sur le devenir de ce haut-lieu symbolique du commerce local depuis sa prise de fonction. Ses positions sont connues : c’est en « réenchantant » le cœur de ville, en le rendant « plus propre, plus sûr, plus vert », en lui conférant une tout autre dimension touristique que ce dernier recouvrera tout son pouvoir de séduction, d’attractivité. Dans le prolongement de ses promesses de campagne, François Grosdidier a placé ses premiers actes, guidé par son intime conviction. Les gens ne se pressent plus rue Serpenoise ? La faute en reviendrait aux choix stratégiques de son prédécesseur, Dominique Gros, et de son équipe, sur la question du stationnement notamment. Jugeant les tarifs prohibitifs et dissuasifs, lui a décidé de les raboter afin de permettre aux automobilistes d’entrer à nouveau dans la ville pour y dépenser leur argent, plutôt que de rejoindre les paquebots Waves et Muse plus commodes d’accès. Son opposition de gauche et écologiste s’étrangle devant cette mesure « carbonée » mais lui n’en a cure : il porte une vision d’avenir et entend la défendre coûte que coûte, en lien avec un futur manager de centre-ville et en gardant un œil attentif sur l’offre commerciale de périphérie qu’il juge excédentaire – sur ce point, le groupe Unis doit sourire…

La rue Serpenoise est en souffrance depuis des mois. Photo Michel Dell’Aiera

L’avenir, selon l’élu Les Républicains, ce serait une rue Serp’ plus chaleureuse, arborée, avec des bancs, des bacs à fleurs, des terrasses… Avec des cellules commerciales redimensionnées surtout, puisque le nœud du problème se trouve là. De nos jours, qui osera investir les 6 000 mètres carrés du Printemps par exemple ? Personne, c’est à parier, d’où la nécessité d’entrer en négociations avec les propriétaires de ces espaces libérés et de les convaincre que les temps ont changé. Que la rue Serpenoise, également, peut accueillir davantage de boutiques à taille humaine, des nouvelles habitations peut-être, des lieux de création artistique pourquoi pas. C’est à ce prix qu’elle renaîtra, « même s’il faut des locomotives, des enseignes à forte notoriété à côté des indépendants pour garantir une vie commerciale riche et dynamique », souligne Mathieu Chaudeur, le président de la Fédération des commerçants de Metz. Qui s’agace : « Le souci est que l’attention portée par les médias à cette artère historique, il est vrai, occulte tout le reste ! »

« Mauvais karma »

« Tout le reste », c’est « la vitalité, la puissance extraordinaires » du commerce messin dès lors qu’on accepte de regarder au-delà de la rue Serp’ ». La rue du Grand Cerf et ses fameuses adresses de bouche, la rue Taison et son esprit village, le secteur de la place de Chambre et ses cafés-restos en pagaille, la rue des Jardins et son charme désuet, sans oublier le réveil de la rue Gambetta, près de la gare, le très prisé quartier Sainte-Thérèse ou encore l’inaltérable rue Saint-Livier, au Sablon : ici et là, Metz la commerçante, non, n’est pas morte. Mieux encore, elle « garde toute sa force qui fait d’elle une ville référence dans le Grand Est », insiste Mathieu Chaudeur, avant d’illustrer son propos résolument positif : « Prenez l’exemple de la place Saint-Louis : il y a vingt ans, un commerce sur deux y était vieillissant ou vacant ; aujourd’hui, elle est pleine, à une exception près, et débordante d’énergie. Il faut savoir aussi qu’il est très dur de s’installer à Metz car une personne intéressée ne trouvera pas beaucoup de locaux disponibles à sa disposition. Alors non, tout n’est pas parfait, loin de là, mais quand j’entends toutes ces polémiques qui entourent la rue Serpenoise, je me dis qu’on est à des années-lumière de ce qui se passe réellement ici. » Et ce, dans un contexte sanitaire singulier. « Un mauvais karma » dont les commerçants messins finiront bien par se délivrer.

Thomas Vuagnoux

3 commentaires sur “METZ | Au-delà de la rue Serpenoise, « une vitalité extraordinaire »

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  1. « Une rue Serp’ plus chaleureuse, arborée, avec des bancs, des bacs à fleurs, des terrasses…  » Euh… compte tenu de sa largeur… (ce n’est pas la Banhofstrasse de Sarrebrück)…

    Arf Dominique G. si tu n’avais pas été là pendant 12 ans ! Avec François, « L’enfer c’est les autres » devait être en fait son slogan de campagne bien plus porteur que le fadasse « Plus propre, plus sûr, plus vert » qui a séduit 14,32 % des inscrits. 🙂

    Donc, haro sur Waves, Muse et autres complexes ! L’important est de faire entrer l’automobiliste à Metz pour le faire « dépenser son argent ! » Un réenchantement cette vision d’avenir ! « On » ressort les clichés du RL de Marguerite sur la place de la Rep. et de la rue Serp accessibles aux automobiles avec bien sûr les TCRM ?

    Par ailleurs, combien rapporte annuellement le stationnement à la ville ?

    Quel est déjà l’avis de François sur d’autres formes modernes de commerce ? Par exemple Amazon ?

    « Comme ça juste pour savoir pour le nouveau messin que je suis ? » 🙂

    A suivre

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  2. Cher ami Thomas je pense que le temps est venu de se poser la question de l’influence néfaste ( le mauvais karma sic ) de cette réplique de la colonne de Merten sur la rue Serpenoise … Pour moi une action urgente s’impose En te remerciant amitiés André

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