METZ | L’arc-en-ciel de la rue Taison

Il est presque impossible de ne pas succomber à son charme. La rue Taison résiste à tout, existe grâce à la diversité de son offre et la solidarité de ses commerçants.

Sur les pavés, la peinture s’est presque effacée. À force de pluie et de pas. Il y a un an, après le premier confinement, la rue Taison avait dessiné un arc-en-ciel à ses pieds. Des carrés de couleur qui en disent long sur cette rue et ceux qui la font. Rue Taison, il y a toujours une bonne raison de s’arrêter. À la montée ou à la descente. D’ailleurs, on ne parle pas de rue mais de village parce que tous les commerçants se connaissent et une bonne partie des clients aussi. « Pour s’installer ici, il ne faut pas être solitaire mais solidaire », explique Julie Even.

« La plus belle de Metz »

À la tête de La Cour des grands et du Préau depuis 2009, de la Pidoule depuis 2012, elle est l’une des figures marquantes de la rue Taison. Elle, son énergie, les livres accrochés au plafond, les étiquettes manuscrites glissées sur les couvertures, le monde qui déborde dans la rue, certains jolis soirs de rencontres littéraires. Julie travaille rue Taison depuis 13 ans mais la connaît depuis toujours. « Pour moi, elle a toujours été la plus belle rue de Metz. » Un constat sans contestation. Ils sont un sacré paquet à le penser. Il n’est pas ici uniquement question d’esthétisme, de cette rue aux mignonnes proportions, qui mène à la colline Sainte-Croix, au Frac, aux Trinitaires, à la place Jeanne-d’Arc… mais qui visuellement parlant n’a rien d’exceptionnel. La rue Taison n’est pas belle, elle a du charme. On l’aime à force de la connaître, de la regarder vivre, d’y inscrire des habitudes et des souvenirs.
Pourquoi Julie la préfère-t-elle à toutes les autres ? Parce qu’enfant, elle la dévalait dix fois par jour, sur ses deux pieds ou en trottinette, parce que son grand-père lui en a raconté l’histoire, parce qu’elle allait chercher des copeaux de bois chez le menuisier et des bonbons à la boulangerie. Parce qu’il y avait le Préau et la Pidoule et qu’avec sa sœur, elles collaient leurs mains sur la vitrine pour rêver devant les jouets. La rue Taison a toujours été le décor de ses journées avant de devenir le partenaire particulier de son aventure professionnelle. Elle la connaît presque par cœur même s’il arrive encore qu’elle la surprenne. Julie Even ne se souvient pas de périodes creuses, de moral en berne ou de crise.

Commerçants et artisans

La rue Taison a toujours su garder le sourire, de la vie et de l’envie. « La force de la rue vient de sa diversité et du fait d’avoir toujours su conserver à la fois des commerçants et des artisans », explique Julie Even. Une addition qui multiplie les propositions et inscrit la rue dans une forme de poésie. Coiffeurs, restos, couturier, vins, pâtisserie, fringues, livres, jouets, épicerie, fleurs : sur un petit périmètre, l’offre se décline conduisant presque à l’auto-suffisance. Pas besoin d’aller plus loin pour combler l’essentiel.
Autre liste : Le Merveilleux de Fred, La Cour des Cols, Inspiration, Sally and Jane, Une souris dans le tipi, les Âmes galantes, les Sœurs saveurs, les Trois moussquetaires, Loli Blumen… les appellations portent en elles l’originalité de leur créateur. Aucune franchise. Et plus de cellule vide depuis quelques années. « Après l’arrivée des Sally and Jane, la rue n’a plus désempli. On a trouvé un équilibre. Il ne manquait qu’un fleuriste et Loli Blumen est arrivée avec la même forme d’engagement que tous les commerçants déjà présents. Claire et Tarik proposent des fleurs locales, de saison », souligne Julie. C’est Claire qui a eu l’idée de colorer la rue.

Ville de Metz

« Tous les bras se sont mobilisés »

Les derniers arrivés sont difficiles à manquer. À partir de 12 h, une file d’attente se forme devant Nera. Ouverte depuis le 10 octobre, la sandwicherie n’a pas tardé à se faire connaître. Quand ils ont décidé de se lancer, en pleine épidémie, Emmanuel Fayer et Raphaël Chiajese se sont fait taxer de fous. Ils ne s’appellent pas Nera pour rien, c’est une référence au mouton noir, et la volonté d’assumer pleinement de ne pas être comme les autres. Fous peut-être mais pas bêtes. Leur concept est simple comme une recette de sandwich dont la réussite tient à la qualité des ingrédients. Tout ce qui est servi a été goûté et approuvé. L’exigence de qualité ne vient pas de nulle part. « Mes parents sont des épicuriens. Ils m’ont appris ce qu’était un bon fromage, une bonne viande », explique Raphaël. Avant Nera, il a été tailleur de pierre puis serveur au Mojito bar, histoire de voir si cette vie-là lui convenait parce que dans sa tête trottait déjà l’envie de « créer quelque chose pour moi-même ». Quand le local se libère, il saute sur l’occasion. Pas tout seul. Emmanuel aussi a des envies de reconversion.

Village espagnol

Producteur de cinéma, il connaît la rue Taison, puisque sa femme y a ouvert Eve, une cantine végétale où la file d’attente se dessine aussi à la pause méridienne. Les deux hommes installent leur sandwicherie et leur bonne humeur quelques mètres plus bas. Le pain vient de chez Dudot, la Focaccia est préparée par Fred du Merveilleux, le tiramisu cuisiné par les Sœurs saveurs, la bière de la Tuilerie. Dans quelques jours, Nera disposera même de sa propre cuvée, une blonde parfumée. Que du local donc et déjà des clients qui posent leurs habitudes. Le Coin coin ou le Médicis remportent la mise des sandwichs. Effiloché de canard, Saint-Nectaire, pain baguette, chou rouge, compotée d’oignons, salade pour le premier ; Focaccia, mortadelle à la truffe et pistache, mozzarella, pesto, roquette pour le second. Ça se mange en montant ou en descendant la rue avec le Graoully qui veille au grain. Presque tous les commerçants y ont déjà goûté puisque l’idée de se connaître et de s’aider les lie. Il n’est pas rare de les voir discuter devant chez l’un, traverser d’une enseigne à l’autre, se saluer. La rue Taison, c’est comme une auberge espagnole, chacun vient avec ce qu’il aime, avec un peu de lui. Le village espagnol. Qui a en plus la capacité de se réinventer. Les commerçants avaient déposé des sapins en hiver, pourquoi pas des palmiers cet été. D’ici là, la pluie aura effacé toutes les traces de peinture au sol. D’autres histoires viendront se dessiner sur les pavés de cette rue qui résiste à toutes les saisons.

Aurélia Salinas

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