NANCY | Le vrai pouvoir des Verts

Ils sont à la charnière de la majorité municipale et ils pèsent de différentes façons à la Métropole, où Manu Donati exprime énergiquement son point de vue, notamment sur le projet de Maison de l’Innovation à Vandœuvre.

La majorité plurielle de Mathieu Klein ne rentre pas encore dans des zones de turbulence mais elle s’en rapproche. Plus les exécutifs nancéien et métropolitain seront appelés à prendre des décisions sur des sujets sensibles et plus le maire-président aura l’occasion de tester la cohésion de la coalition qui le soutient. Pour parvenir à créer cette alliance, des partis politiques aux cultures différentes se sont rapprochés pour aboutir à une participation conjointe réduisant les champs de concurrence et les différences sur la ligne d’action. Fondamentalement, la majorité plurielle – « rose-verte-rouge », dit l’opposition – n’est pas une tentative de fusion ou de synthèse ni même d’intégration forcée des idées des uns et des autres. La base est un accord électoral qui a permis de l’emporter puis de se répartir les rôles.

Le pluralisme implique que nul ne renonce à ses spécificités. La preuve : les élus d’Europe Écologie les Verts et du PC ont formé leur groupe au sein du conseil municipal et de l’assemblée métropolitaine. Chacun chez soi mais tous unis autour d’un programme validé par les électeurs, telle est la règle qui n’a pour l’heure subi aucun accroc majeur.

Des sujets de friction

Accords-désaccords : c’est le temps des compromis mais, sur le long terme, le statut de rassembleur de Mathieu Klein permettra-t-il de franchir les obstacles ou le parcours politique se transformera-t-il en marathon sur un champ de mines ? A quelques prémices, on voit que des sujets de friction se profilent avec en tête de chapitre les mobilités, la piétonnisation ou des dossiers comme la Maison de l’Innovation à Vandœuvre. Concernant cette future réalisation, tout le monde s’accorde sur le principe mais, s’agissant des modalités, c’est une autre histoire. Manu Donati, premier adjoint de Stéphane Hablot, écologiste convaincu et de longue date, fait valoir que le nouvel édifice qui sera situé rue Jean Zay à proximité de l’Institut de l’information scientifique et technique (INIST-CNRS) – bâtiment que l’on doit à Jean Nouvel – et du château de Brabois en pleine rénovation doit respecter des contraintes urbaines et environnementales. « Le nouvel édifice devra tenir compte de cet environnement exceptionnel. Il faut qu’il soit innovant en matière de transition énergétique. Mais ce n’est pas tout. Il y a la circulation, le stationnement, le trafic généré par le CHRU et le technopôle. Il faut protéger la biodiversité », nous avait confié Manu Donati avant l’examen d’une délibération consacrée à ce projet en novembre 2020. Depuis, son discours n’a pas varié et sa résolution n’a pas faibli, ainsi qu’il l’a démontré lors du dernier conseil de métropole. Sur ce dossier, Manu Donati a le soutien plein et entier de son maire Stéphane Hablot, qui fait observer : « Il faut travailler en intelligence de territoire. Ou on travaille ensemble ou on bloque le projet. Si les étages sont trop hauts ou s’il y a trop de monde sur le site, ça posera un réel problème et nous nous positionnerons en conséquence. »

Les départementales vont-elles lézarder l’édifice ?

Le casse-tête dans cette d’alliance où les Verts pèsent, surtout à Nancy, c’est de maintenir l’équilibre dans un attelage qui doit tirer dans le même sens, sans que l’une ou l’autre des composantes ne dévalorise le message de l’autre en cherchant à mettre en exergue le sien. D’où la nécessité de consolider les fondations car des signes de fragilité peuvent vite apparaître. Les élections départementales, pour lesquelles Europe Écologie les Verts n’a pas signé d’accord avec la présidente du Département Valérie Beausert-Leick, sont susceptibles de lézarder l’édifice au sein duquel chacun pourrait privilégier sa formation d’origine et mettre à mal l’ordre apparent d’aujourd’hui. Et puis, au fil du temps, des crispations plus ou moins vives risquent de gripper la machine et d’inciter quelques voltigeurs Verts à livrer à une approche différente des événements et à s’interroger sur l’application des principes et l’opportunité des choix.

Dans cette partie d’échecs, la maîtrise consiste à deviner les coups de l’autre et à traverser calmement, collectivement, les périodes d’incertitude. Cela suppose d’huiler soigneusement les charnières et d’ausculter les états d’âme d’alliés qui ne veulent pas être des subordonnés. « Verts » à moitié pleins ou « Verts » à moitié vides ? Derrière les idées et les thèmes qu’ils défendent, il y a des impatiences et aussi des ambitions. Un pacte a été noué. Une fois l’ivresse du succès évanouie, résistera-t-il au périlleux exercice de la pratique du pouvoir et de la gestion des dossiers qui fâchent ? Vérité et authenticité contre calculs qui se font et se défont : en(verts) et contre tout, l’alliance aura ses poussées de fièvre, ses malentendus et ses tentations de rupture. Il y aura toujours l’accord et l’autre côté du décor, où la deuxième force voudra peser et au besoin prendre ses distances. C’est bien connu : l’union est toujours un combat.

Pierre Taribo

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