Lionel Ollinger : joueur de doubles

Aux côtés de Bernard Serin, à la tête du FC Metz, comme de Gilles Moretton, dans les hautes sphères du tennis tricolore, Lionel Ollinger, directeur général de la filiale immobilière du club grenat d’un côté et vice-président de la Fédération française de l’autre, fait équipe avec « des gens qui [le] tirent vers le haut ». À leur service, il ne lève jamais le pied.

Non mais il carbure à quoi, Lionel Ollinger ? Voilà le genre de spécimen un poil agaçant pour le commun des mortels, doué de la capacité de faire rentrer deux journées en une, le tout sans que cela lui coûte, ni en énergie ni en amabilité. La preuve, s’agissant de ces deux derniers aspects, durant la petite heure passée en sa compagnie dans son bureau à l’étage du siège du FC Metz, boulevard Saint-Symphorien, où dans son dos, par la fenêtre ouverte, encadré de verdure, roule paisiblement le canal en face duquel s’élève et s’épaissit chaque jour un peu plus la silhouette de la nouvelle tribune, équipement au service duquel il est dévoué corps et âme depuis son arrivée au club, en 2019. Tout à notre rendez-vous, Lionel Ollinger, le verbe vif, le geste enjoué, en oublie pour un temps son agenda de directeur général de FC Metz Stadium, la filiale immobilière créée spécialement pour accompagner l’éclosion du monstre de béton en voie d’achèvement, comme ses obligations liées à son tout nouveau boulot – bénévole, le boulot – de vice-président de la Fédération française de tennis (FFT), deuxième discipline sportive au nombre de licenciés, proche d’un million l’an dernier. Il se montre avenant, volubile, rieur, n’ayant de cesse de dire et de redire le plaisir qui guide ces deux aventures, la « chance » qui est la sienne de les avoir rejointes, indifférent au rythme infernal qu’elles lui infligent, « six jours et demi » sur sept, samedi et dimanche compris, de « 4 h du matin » jusqu’au soir. Seule entorse : « Si je suis fatigué, je me lève à 5 h. Ou je me couche à 22 h. » Pour le reste, c’est le pied sur l’accélérateur. À fond. Tout le temps.

La nouvelle tribune, c’est « un immeuble »

À l’écouter pourtant, Lionel Ollinger ne bosse pas. Non, il court derrière les émotions. Alors les jours passent, les semaines, les mois, sans que s’érode son enthousiasme. Et tout cela, c’est grâce à un alignement des planètes. Qui lui-même a provoqué des rencontres. Pour le comprendre, il faut donc remonter à 2019. La cinquantaine se fait menaçante (il a aujourd’hui 49 ans), notre homme se lasse des allers-retours incessants entre Metz et Paris où il exerce en tant que directeur des ventes pour le compte du grossiste alimentaire Sysco, quelque chose comme 1 500 collaborateurs sous son autorité. Il s’interroge, envisage sérieusement un rapatriement strict en Moselle. Coup de fil de Bernard Serin. Le président du FC Metz le sonde à propos de la nouvelle tribune et de ses projets attenants. A-t-il des orientations à suggérer ? « C’était dingue que cela tombe au moment précis où j’étais en pleine réflexion. Je me suis dit qu’avant de proposer des candidatures d’autres personnes, j’allais proposer la mienne. » Et ça marche. Ça matche. FC Metz Stadium emploie aujourd’hui une quinzaine de salariés, recrutés avant le premier confinement pour les besoins de cet équipement conçu pour accueillir des supporters – dès que la pandémie aura pris de recul – aussi bien que des espaces de travail et de coworking, de la restauration, de l’événementiel, des conférences, des séminaires… Avec cet outil de 22 000 mètres carrés s’ouvre « une nouvelle ère » qui va permettre « d’élargir l’audience du club ». « En fait ce n’est pas une tribune, c’est un immeuble. Des gens vont venir habiter ici d’un point de vue professionnel », résume-t-il. Et c’est à lui que Bernard Serin a confié les clés du paquebot, le capitaine d’industrie et dirigeant de club qu’il est forçant son admiration : « J’en ai connu des chefs d’entreprise, mais lui il est incroyable. Une heure avec Bernard Serin, c’est un mois avec mes autres patrons. Quand un mur se dresse face à lui, il ne cherche pas à freiner pour l’éviter ; non, il accélère pour réussir à passer au-dessus. » Résultat, « c’est mon premier job passion ». Passion d’autant plus vivace que s’il consent n’être pas un expert en matière de ballon rond, il a toujours laissé son cœur branché sur les résultats des Grenats, se rendant même régulièrement au stade par goût de l’événement, de ces ambiances propres au récit sportif.

« Des business à réinventer »

Goût de l’événement, et de l’événementiel. Pour ça, il sait faire. À la tête de la Ligue de Lorraine, puis du Grand Est, de tennis, dont il occupe le poste de président depuis 2013, Lionel Ollinger avait déjà fait ses preuves avec l’organisation de la Coupe Davis à Nancy ou la naissance du tournoi international féminin de Moulins-lès-Metz, notamment. Avec la tribune Sud qui commencera à être livrée le 15 mai, il sait disposer d’un outil quasiment unique dans l’Hexagone, dans la mesure où seul l’Olympique lyonnais, parmi les clubs de l’élite, est également propriétaire de son stade. Lyon, où lui-même un temps a vécu… Lyon, d’où est originaire Gilles Moretton, le nouveau président de la Fédération française de tennis, élu en début d’année, avec lequel il fait désormais attelage… Son existence, ces temps-ci, s’écrit à grands coups de parallèles et de coïncidences. Celle-ci, encore : Lionel Ollinger fait son entrée au Comex de la FFT au moment même où Hélène Schrub, la numéro un du FC Metz, rejoint celui de la Fédération française de football dans le sillage du boss réélu, l’inoxydable Noël Le Graët. Sa mission, à Paris : l’événementiel, donc. Avec en point d’orgue le tournoi de Roland-Garros, dont la FFT tire quelque 90 % de ses revenus. C’est dire l’enjeu. Comme avec Bernard Serin, la complicité a opéré. Ancien champion, ex-président du club de basket de Villeurbanne et organisateur du tournoi de Lyon, Gilles Moretton est « un leader, un fighter, pourvu d’un charisme incroyable ». « J’ai la chance de bosser avec des gens qui me tirent vers le haut », en déduit-il.

Avec tout ça, son emploi du temps est donc au bord de l’implosion. Ça ne l’empêche pas de se ménager chaque semaine quatre séances d’entretien physique que cet ancien handballeur de niveau Nationale 2 ventile entre tennis, padel, footings et marche à pied. Ça ne l’empêche pas, non plus, de se montrer impatient, parce que bon, avec la pandémie, c’est une partie de son monde et de ce qu’il a dans le sang qui est à l’arrêt… « La restauration, les séminaires, des activités telles qu’un cercle d’affaires, les big events, le coworking… Tous les business liés à la convivialité sont à risques à cause du virus, et sont donc à réinventer », prévient-il. Sa seule hâte : assister depuis la tribune Sud à un match environné de public, parce que « les huis clos, c’est d’un triste… » Ce jour-là, en s’asseyant à sa place, il songera à ce destin qui fait des boucles, lui qui est né à Longeville-lès-Metz justement.

Pierre Théobald

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